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4 - Jardin maritime, Pascale Blazy |
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Le soleil du matin lui donne des envies d'ailleurs. Il court sur le pont, hisse toutes les voiles qui claquent au vent. Bien campé sur ses jambes, capitaine de quinze ans, il manœuvre le gouvernail et dirige son navire d'une main de maître. Il s'éloigne du rivage en quête d'aventures. Droit devant, telle est sa devise, toujours vaillant, tel est son sentiment. Les mouettes l'accompagnent en décrivant de grands cercles au-dessus de sa tête, puis l'abandonnent quand il gagne la haute mer. Les yeux perdus dans le lointain, il maintient fermement le cap et se laisse griser par l'odeur du grand large. Le bateau bondit sur l'océan, fendant les vagues frangées d'écume. Il scrute l'horizon, il désire, de toutes les fibres de son corps, découvrir la perle rare, la terre vierge, inconnue de tous, celle à qui il donnera son nom, celle qui apportera richesse et bonheur à son âme, à son cœur, celle qui... Un coup de trompe balaie ses espoirs de conquistador, lui fait tourner la tête à bâbord pour découvrir, glissant sur l'océan, un paquebot où bruissent et s'agitent les passagers d'une croisière. Il répond à leur salut d'un geste lent, puis s'en vient à nouveau fixer l'horizon. Le soleil disparaît derrière les nuages, il ralentit sa course et lutte contre le vent. La mer devient houleuse, elle gronde, se gonfle et déverse sa colère sur lui. Il court, il s'agite, toujours efficace, il tient le cap, en marin consciencieux, il combat au rythme du clic régulier des anneaux de la voilure. L'horizon s'obscurcit encore. Le ciel de plomb l'emprisonne, l'oppresse, le tient à sa merci. La mer de plus en plus agitée, l'asperge violemment. L'eau ruisselle sur le pont, le fait glisser, chuter. Il se relève courageusement à chaque assaut. Il se demande combien de temps il va tenir encore sur son rafiot. Il pense un instant à réveiller le vieux capitaine qui dort dans sa cabine, puis il se ravise, il affrontera seul sa première tempête. Il attend, à tout instant, que l'orage éclate, que le feu du ciel se déchaîne et que la foudre mette à mal le grand mât. Une lame surgit du plus profond de l'océan, enjambe le bastingage et le plaque sur le plancher. Un peu sonné, complètement trempé, anéanti par la force marine, il s'accroche des deux mains à un cordage. A plat ventre, il attend que se calme la fureur des éléments. Il ferme les yeux, il écoute. Il entend le vent qui rugit, la mer qui mugit et le bateau qui geint. Le temps coule lentement, puis tout à coup, plus rien. La folie furieuse se transforme en calme plat : le silence absolu, à peine le murmure de l'eau qui glisse sur la coque. Il saute sur ses pieds, hisse les voiles et reprend sa route, le grain est passé. Terre droit devant ! En vieux loup de mer, il déplie sa longue-vue, l'ajuste à son œil et en règle la vision. Il promène son regard le long de la côte de terre rouge, examinant attentivement les rochers à la recherche de quelques récifs sournois, tapis à fleur d'eau, qui guettent la coque des navires imprudents. Au-delà s'étale une végétation luxuriante, soudain il a soif de vie, de rencontres. Il s'attarde au creux d'une baie tranquille où se cache des habitations et décide d'accoster. Au fur et à mesure qu'il s'approche la ville se dessine, une ville blanche, éclatante de lumière, une ville où il se sent déjà chez lui et tant pis pour la terre inconnue ! Il bloque le gouvernail, diminue la voilure et entre dans le port. Le vieux capitaine a quitté sa cabine et se tient derrière lui. Sur le quai, une femme les invite à descendre en agitant les bras. Maman plie les draps que le vent a séché et lui sourit. Assis dans son fauteuil, il se laisse conduire par Grand-père, les roues crissent sur le gravier de l'allée du jardin. Le vent tourne les pages de son livre oublié. C'est l'heure du déjeuner. |