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2 - Médiocrité, Yvain Coste |
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A. se morfondait dans sa moiteur d’être acariâtre et solitaire. Il s’en allait intérieurement courir sur les allées du dépérissement. A. avait parcouru ciel nuageux et sans étoiles. Il nageait dans un océan de doutes au fond vaseux. Ailleurs était sa vie, ailleurs ou nulle part… Il maudissait ce monde artificiel qui ne vivait que d’une recherche du compatible et de l’utile, tandis que lui ne lisait la Terre qu’à travers une vision utopique, noire et profonde. A. n’avait nulle raison de désirer, car ce monde était vide d’espoir et de convoitises dignes de leurs noms. Mais aux yeux des autres, l’exact inverse perlait dans les orbites luisantes des humains aguichés. Sous une atmosphère pérenne, ces milliards de fourmis semblaient ignorer l’étendue de la menace qui les étouffait. Au milieu de cette marée noire, A. était un capteur de désolation, la seule énergie qui ne détenait pas d’actions en bourse mais qui multipliait les jeudis noirs. A. aurait voulu se transformer, devenir autre, devenir vide, devenir tout pour n’être rien, intégrer le génome humain et ne plus le contester. Mais il n’existe en ce monde nul clair de terre où puiser sa ressource morale. Opaque et uniforme, la sphère reluit de médiocrité. Les hommes se félicitent de leurs progrès, de leur génie, de pouvoir accéder à l’information en un seul clic. Mais aucun n’est compatible avec l’Ailleurs, car leur vision est une et une seule. A. cessa de ressasser ces évidences. Il sécha ses larmes, et retira péniblement ses mains moites de ses yeux. Il regarda quelques secondes le tabouret branlant. Une soudaine crainte le prit, une peur imperceptible… ses efforts furent vains. Il finit par retirer âprement cette corde autour de son cou. Une fois de plus, la médiocrité était plus forte que la désolation. |