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6 - Vision du monde, Gilbert Pinna |
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Quelle vision du monde ? En voilà, une question ! Tu parles, si moi, j’ai une vision du monde… Et voilà qu’il me faut avoir une vision du monde ! Rien que ça ! Ah, oui, c’est ça, je pense à cette formule de Marx -je cite de mémoire- à propos des philosophes qui jusqu’alors n’auraient fait que penser le monde alors qu’il s’agit désormais de le transformer… Quel chantier ! Alors que moi, tout de suite, j’ai l’impression d’être au milieu de nulle part, ni dans la pensée, ni dans la transformation, mais de patauger ailleurs, vraiment ailleurs, dans l’ailleurs d’un monde pérenne, que je ne peux qualifier davantage… Ah, oui, c’est ça… un monde qui serait fluide, aérien, compatible avec mes humeurs fantasques du matin, et ça serait déjà très bien. Non, mais sans rire : comment je vois le monde ? Mais c’est impossible de répondre à une telle question… Trop dilatée… trop ambitieuse… Moi, je suis là, apathique, déphasé, sans capteur, juste dans l’attente déconcertée d’une journée à remplir, à bien remplir, s’il vous plaît, une journée vide, ou plutôt vierge, et qui se laisse simplement désirer. Et pourquoi pas aussi me demander, tant qu’on y est, une définition de l’humanité à venir ?…Tout pourrait se mélanger : le psychique, le biologique, la génétique, les pulsions, les fantasmes, le génome, les soubassements inconscients, l’imaginaire,… Que sais-je encore !...Les glandes salivaires, les tissus lymphatiques, la science-fiction, la chirurgie esthétique, les implants capillaires… Et basta !... Je vous le dis, vous le répète, il s’agit juste de pouvoir remplir la journée qui commence, comme ça, d’un clic énergique, fulgurant. En somme, juste pouvoir contempler un Clair de terre. |